Murgitur Nec Debanditur
Murgitur Nec Debanditur 18 (été 1998)
"Jadis créée par des cas sociaux, des alcooliques dégénérés, des étudiants attardés, des vagabonds inconséquents, voire les quatre à la fois, notre confrérie était garante d'une certaine gueuserie militante, insidieusement pénétrée de sporadiques technocrates et autres apparatchiks, de façon à préserver un indispensable brassage culturel (voire à doter notre équipe de joueurs solides, ce qui, pour être trivial, n'en est pas moins indispensable). Voilà maintenant que les gueux sont devenus maris, pères et que la plupart ont un travail..."
Murgitur Nec Debanditur 17 (noël 1997)
"A l'aube de l'an V du rugby idéologique, une rumeur commençait à se répandre au plus profond des contrées reculées qui servent de refuge et de centre de thalassothérapie à nos adversaires meurtris : la déferlante mercenariale toucherait à sa fin. Incapables de raisonner autrement que selon leurs critères abscons issus d'un âge à jamais rendu caduc par la révolution de mars 1994, ils se prirent à rêver que l'ère du marchage sur la gueule sans se fâcher fut révolue..."
"Stade de France : compte tenu des atermoiements ridicules de la caste des pousse-cailloux, les XV Mercenaires E. réfléchissent, sous la pression des pouvoirs publics, à la possibilité de devenir le club résident de l'enceinte dionysienne. Toutefois, pour préserver l'unité architecturale du lieu, nous souhaitons abandonner le principe d'une affluence absurde de 40 000 personnes, qui conduit à se produire devant un stade à moitié vide. C'est pourquoi nous soumettons actuellement l'idée d'une prestation régulière devant 80 000 fauteuils vides, afin que le monde entier puisse admirer la jolie couleur des sièges. Une idée révolutionnaire qui risque de se heurter à l'étroitesse d'esprit du consortium et de l'état..."
Murgitur Nec Debanditur 13 (noël 1996)
"Déjà colporteurs d'un rugby idéologique dont la salutaire fulgurance imprègne les plus mitées de nos banlieues au point de reléguer le film La Haine aux séances d'un ciné-club municipal de chef-lieu de canton périgourdin, nous voici maintenant intronisés co-fondateurs d'un championnat folklo à l'ébauche duquel, de l'avis de nos nombreux et éminents historiens, nous n'avons jamais participé ! Savoureux et historique paradoxe, qui, non content de booster une notoriété déjà considérable, nous permet de nous repaître d'une iconoclaste escroquerie que les plus enflés d'entre nous délecteront à sa suave valeur..."
Murgitur Nec Debanditur 12 (été 1996)
"Les pères fondateurs se souviennent sans doute de l'hystérique frayeur collective qui s'empara du microcosme jusqu'alors souffreteux et sans âme de l'Ovalie, lorsque nous irruptâmes sur des prés demeurés virginaux pour imposer à des victimes ébahies la dure réalité du rugby idéologique. Certains, supposant sans doute que la médiocrité qui les afflige est un atavisme inhérent à toute personne humaine, nous prédirent un destin éphémère. Mais, au contraire, nos rangs grossirent (notamment au niveau des poignées d'amour) et bientôt nos biographes s'épuisaient à narrer la somme de nos exploits..."
Murgitur Nec Debanditur 11 (printemps 1996)
"D'aucuns avaient cru constater un certain relâchement de la spécificité mercenariale, observant ça et là quelque manque de combativité, quelque désimplication idéologique, quelque renoncement à ces valeurs dont le respect constant forgea la terrifiante réputation qui entoure encore notre nom dans le monde ovalique (pressing de tous les instants, acharnement confus mais dévastateur, innovation tactique et sanction idéologique). Mais ces ridicules grinchonnements ne sauraient résister à l'épreuve des faits..."
Murgitur Nec Debanditur 8 (noël 1995)
"Le rythme continu de la marche infernale du temps qui s'égraine au fil du grand sablier de la vie impose à nos lucidités éveillées un constat d'évidence : de même que 1564 (année où le Pape Pie IV publia la bulle Benedictus Deus) succéda à 1563, 1996 a bel et bien suivi 1995. Et comme il est désormais coutume de le rappeler, 1996 sera rugbystiquement idéologique ou ne sera pas..."
Murgitur Nec Debanditur XVIIIL (novembre 1995)
"En effet, en ce jour de match, quel ne fut pas notre désappointement de nous retrouver à douze (si...) au moment d'affronter les Bugs Bannis de Média System, sur notre désormais sempiternelle pelouse de Clamart, nichée dans un endroit dont l'inaccessibilité aurait sans doute stimulé l'invention de la boussole, du pilote automatique ou du GPS, si des empêcheurs de trouver des idées géniales et lucratives en rond ne nous avaient précédés. Fort heureusement, notre statut d'Attila des prés chauves découragea vraisemblablement ces pleutres, qui ne vinrent jamais. Nous hésitâmes à jouer le match quand même, manière de tester notre capacité à traiter le surnombre mais à douze contre aucun, l'absence d'un demi de mêlée adverse susceptible d'introduire les déchets de nos inévitables fautes de main nous découragea. Nous en fûmes quitte pour un léger entraînement et une opposition en toucher (l'idéologie n'exclut pas la sensualité), où l'on put admirer la passe croisée de travers en avant made in Myopatiland de Donatello."
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